Retour aux études universitaires et acquis expérientiels : perceptions d'acteurs du communautaire.

Notice bibliographique

Noël, C. (2010). Retour aux études universitaires et acquis expérientiels : perceptions d'acteurs du communautaire. Mémoire de maîtrise en orientation, Université de Sherbrooke, Sherbrooke.

Résumé

L'objet de ce mémoire concerne les milieux communautaires ayant un important volet de relation d'aide et de soutien à l'intégration sociale de populations défavorisées ou à des degrés divers de rupture avec la société. Puisque les perceptions font appel à l'expérience du sujet, pour en favoriser la compréhension, le type de recherche qualitatif a été privilégié afin d'explorer en profondeur celle des intervenantes et intervenants des milieux communautaires. La cueillette des données a été effectuée à l'aide de deux entrevues semi-dirigées par personne, échelonnées sur une période de six à dix semaines. Le guide d'entrevue a été élaboré à partir de thèmes issus de la construction de la problématique et du cadre d'analyse. L'attention est portée sur deux femmes et deux hommes dont l'expérience de travail en organisme communautaire variait, au moment des entrevues, entre 18 mois et neuf ans. Les objectifs sont de mieux comprendre leurs perceptions du contexte, des avantages et inconvénients ainsi que des obstacles rencontrés ou appréhendés du retour aux études incluant la reconnaissance officielle des acquis expérientiels. Compte tenu du peu de recherches empiriques en reconnaissance des acquis et des compétences, cette étude permet aussi d'identifier en quoi les perceptions d'obstacles à la reconnaissance officielle d'acquis expérientiels peut contribuer à l'ambivalence face à un retour aux études. Deux concepts sont mobilisés dans ce mémoire. Tout d'abord, le concept d'ambivalence, incluant la tolérance face à l'ambiguïté, permet d'articuler sommairement les perceptions des possibilités de reconnaissance officielle au projet de retour aux études. Il permet également de voir si, tel que le supposent des promoteurs, ces possibilités jouent un rôle d'incitatif à la formation formelle. Le deuxième concept, celui d'obstacles à la participation à la formation, s'appuie sur une classification dans la recherche en éducation des adultes. Il s'agit des barrières dispositionnelles, situationnelles, institutionnelles et informationnelles, lesquelles permettent de décrire la nature des obstacles perçus. Il ressort de cette recherche que les intervenantes et intervenants rencontrés perçoivent les avantages d'un retour aux études et les opportunités d'une reconnaissance de leurs acquis. Toutefois les différents obstacles rencontrés ou appréhendés suscitent chez les sujets un sentiment d'ambivalence, lequel a une incidence sur leur entrée en formation. De plus, nous pouvons constater que des enjeux de reconnaissance influencent et sous-tendent leurs perceptions de leurs acquis, du diplôme et de la formation et que ces enjeux exercent une tension sur le passage ou non au retour aux études. Ainsi, le fardeau financier, les conditions matérielles et les impératifs familiaux sont les éléments qui semblent de manière importante faire obstacle au retour aux études. En outre, leurs perceptions à l'égard du rôle du diplôme suscitent des sentiments conflictuels. Ces sentiments relèvent d'une discordance quant à l'importance qui lui est accordée à laquelle s'ajoute la non reconnaissance par la société et les institutions de l'expérience"terrain" développée dans l'action en milieux communautaires. Par ailleurs, sur le plan individuel, la polyvalence des acquis de l'expérience développés dans un espace collectif semble amplifier la complexité de mise en mots et la difficulté d'analyse et d'appropriation de leurs propres acquis. En outre, une méconnaissance des acquis expérientiels du communautaire jumelée à la non reconnaissance sociale de l'expérience"terrain" engendrent une tension qui semble particulière au domaine de la relation d'aide en milieux communautaires. Cette invisibilité des savoirs d'expérience développés dans ces milieux entretient une difficulté de leur mise en correspondance avec un référentiel universitaire. L'institution universitaire pourrait contribuer à augmenter la visibilité de ces savoirs en intégrant dans certains programmes de formation le fonctionnement, les approches et la philosophie associée à ces milieux. Cette mesure permettrait d'assurer que les référentiels de diplôme, dans les domaines concernés, comprennent la spécificité du communautaire. En outre, la difficulté de mise en valeur de leurs propres acquis chez les acteurs oeuvrant dans ces milieux, entretient un tiraillement entre les possibilités et les contraintes d'une démarche de reconnaissance officielle d'acquis. Le développement chez les conseillères et les conseillers d'orientation d'une forme d'accompagnement spécifique au processus de reconnaissance des acquis de l'expérience pourrait jouer un rôle important face à cet obstacle. En effet, on sait que le savoir généré par l'action reste relativement peu conscient et que le processus d'accompagnement peut rendre l'acquis de l'expérience davantage conscient dès qu'il s'agit pour l'individu de décrire et d'expliciter son activité.

Membres du CÉRTA impliqués